Garder la ligne rouge du pourquoi

Voici un post un peu atypique pour ce blog du Couteau Suisse, mais un post que j'espère inspirant. Il y a une dimension plutôt universelle dans ce sujet sur les podcasts et sur le média audiophonique, et je vous fais confiance pour suivre le fil de ce sujet.

La mise en récit de vies

 Je suis passionnée des podcasts, de ce médium digital audio qui nous raconte des histoires en nous laissant fermer les yeux. Et particulièrement les podcasts du mouvement américain Radiotopia, si bien produits, narrés, mis en scène. Bien sur, il y en a aussi quelques très bons podcasts en français, comme celui de Slate qui est, certes moins régulier, mais très très bien conçu. 

Au fil de ces tranches de vie si savamment mises en scène, comme un rêve éveillé où on nous guide, il y a une vraie intelligence dans la mise en récit : dans ce qui est dévoilé, suggéré, à quel moment, et à quel rythme.

Photo - Jane Bruce Source : http://www.bkmag.com/2015/06/04/anna-sale-death-sex-money/

Photo - Jane Bruce Source : http://www.bkmag.com/2015/06/04/anna-sale-death-sex-money/

Récemment, Anna Sale, créatrice du podcast Death Sex and Money, a accepté de changer de rôle et de se prêter au jeu de l'interview, menée par Jesse Thorn, qui présente lui aussi un podcast très humain et basé sur l'interview. 

La rencontre donne une interview extrêmement passionnante, entre deux personnes toutes deux dans l'empathie mais avec des démarches différentes, un parcours différent, des personnalités différentes;

Quand un choix se pose, le pourquoi mène la barque

L'un des points principaux qui ont été évoqués sont les questions difficiles, et comment les aborder. Anna a créé son podcast dans l'idée de parler de TOUT : de mort, de sexe et d'argent, pour reprendre son titre, des difficultés d'ordres affectifs, financiers, physiques etc que tout le monde rencontre à un moment de leur vie, comment ils le vivent et les émotions ressortent de ces moments. C'est un podcast qui a un message d'universalité. Partant de là, la singularité de la personne interviewée n'a qu'une valeur divertissante, l'universalité des obstacles qu'elle a vécus sont les vrais sujets de ses épisodes. 

Concernant donc les questions difficiles à poser (car elles sont intimes ou ayant trait à des moments douloureux), Anna explique que ces questions ont raison d'être si elles servent la ligne rouge du podcast, si elles offrent aux auditeurs des réponses à leurs propres interrogations, voire un réconfort, un sentiment de communion, et si, lorsqu'il s'agit d'un invité célèbre, les auditeurs s'attendent à avoir des explications sur des événements médiatisés; Il ne s'agit donc pas d'aller à la facilité du sensationnel pour faire de l'audience mais aller vers là où la raison d'être de son projet est servi, et cela peut incidemment être un sujet "sensationnel".

Anna explique son travail de préparation aux interviews (passage très intéressant si vous travaillez dans le journalisme, où elle explique ses recherches, l'angle qu'elle choisit pour faire sortir son interviewé des schémas narratifs en mode automatique, ou encore ses techniques de relance sur des points pour lesquels elle n'a pas eu une réponse satisfaisante). Lorsqu'elle prépare ses questions, celles qui peuvent être plus sensibles par exemple, elle se fait un examen de conscience sur la pertinence de ces questions par rapport à la raison d'être de son podcast, son ADN, et sur les raisons pour lesquelles elle veut les poser.

J'ai trouvé les paroles d'Anna très inspirantes car finalement c'est une démarche que tout chef d'entreprise / porteur de projet doit avoir à tout moment de son activité; Pourquoi je fais ça, est ce en alignement avec l'ADN de mon projet, sa mission ?

Quand on y pense, nous avons tous vécu ces moments de test, que ce soit une interview avec une personnalité qui a marqué les médias, un projet photo qui éveille nos rêves de gosses, ou une proposition incroyable qui peut marquer la suite d'un projet d'entreprise, des moments où on peut lâcher la ligne rouge de notre raison d'être; 

Rester ouvert à tout, constamment

L'autre point intéressant de cette interview est lié à la méthode de travail d'un journaliste.

Jesse demande à Anna si elle entame ses entretiens avec une structure pré définie en tête, en sachant par exemple que le thème x prendra tant de temps puis le thème y etc; Anna explique qu'elle fait sa recherche mais que rien n'est écrit tant que le de derushage n'est pas fait car même après l'interview est finie, les premiers ressentis sont trop frais et trop subjectifs pour savoir la forme que va prendre l'entretien; 

Deux choses à retenir là dessus : que pour faire un travail authentique, sincère, et de qualité, il faut rester ouvert à tout ce qui peut se passer, se préparer mais ne pas trop anticiper, ne pas tirer non plus des conclusions hâtives sur ce qu'il se passe ou vient de se passer, sur les possibilités infinies d'exploiter notre travail et ne pas s'arrêter aux racourcis, comme une phrase à sensation. La 2ème leçon est que nos méthodes sont là pour répondre à ce qu'on souhaite présenter comme produit final.

Les interviews en elles mêmes peuvent aller dans tous les sens, Anna peut parler d'elle pour aider la personne qu'elle interviewe à s'ouvrir mais Death Sex and Money est un podcast dans lequel les interviews sont montées sous forme narrative, retravaillées de manière digeste, légère, de telle façon que les thèmes et moments de vie se suivent avec des transitions invisibles.

Pour autant, la structure de chaque épisode reste fluide et ouverte à la spécificité de chaque entretien;

Cela m'a inspiré ce que tout travail audiovisuel donne : qu'on fasse un storyboard, une shot liste, et autres éléments de préparation, la qualité du rendu final vient du fait qu'on ait dépassé ce travail, qu'on se soit non seulement ouvert à ce qui venait à soi au moment de la production (interview; shooting etc) mais aussi à l'émotion et l'inspiration qui viennent au moment de la post-production, de la création du produit fini.

 

 

 

Customer journey storyboard by visualpun.ch/flickr

Customer journey storyboard by visualpun.ch/flickr

Anna finit cet entretien par une note de prudence sur le fait de garder son identité et sa façon de faire sans pour autant rester tout le temps dans sa zone de confort, être prévisible, et ne rester bloqué dans une formule qui n'évolue pas.

 

Qui est Couteau Suisse Production : 

Photographe et réalisatrice professionnelle basée sur l'Ile de Nantes et Saint Sébastien, opérant à plein temps en Loire Atlantique et le Grand Ouest, pour des professionnels (porteurs de projet, TPE, PME, grands comptes) avec une équipe de créatifs indépendants pour la création de contenu qui a pour but de vous aider à valoriser votre marque, vos biens et services, mieux vendre. Du portrait professionnel à la restitution d'événement en photo et / ou vidéo, en passant par le packshot grâce à notre studio fixe ou portatif, et les réalisations de vidéos corporates et institutionnelles. Le storytelling, la recherche de la façon d'articuler l'histoire d'une entreprise par les émotions et l'humain, est notre spécialité. Le travail collaboratif avec le client et d'autres professionnels est notre mode opératoire préféré. La réponse précise, créative voire surprenante, pertinente et à haute valeur ajoutée d'une demande de nos clients est notre raison de vivre.